Ambre : la grossophobie dans notre société

Ambre : la grossophobie dans notre société

Léna
Temps de lecture : 12 minutes

Ambre a 28 ans, elle est intermittente du spectacle dans l’audio-visuel. Passionnée de musique, elle fait aussi quelques photos en tant que modèle de temps en temps. Ambre fait partie des clientes à avoir été sélectionnée pour un de nos shootings. Ambre nous parle d’un sujet encore trop peu abordé dont de nombreuses personnes souffrent : la grossophobie. 

Pourquoi as-tu décidé de participer à un shooting Elia ?

“J’ai une amie qui m’a envoyé le casting, comme quoi vous cherchiez des modèles. J’ai adoré le fait que ce soit ouvert à tous. Du coup j’ai regardé quelle était cette marque que je ne connaissais pas. J’ai adoré l’histoire de la marque, j’ai trouvé ça vraiment cool. J’avais aussi envie de passer à un autre système de protection hygiénique. Donc ça tombait très bien en fait !"

Tu nous as dit vouloir lutter contre la grossophobie systémique, peux-tu nous en dire plus ?

“Déjà, c’est profondément ancré dans le système, c'est-à-dire que les personnes ne se rendent pas compte qu’ils sont grossophobes. Ils ne se rendent pas compte quand ils font des memes, quand ils disent : “ne restez pas sur votre canapé pendant le confinement, vous allez devenir gros”. Et alors ? Qu’est-ce que ça fait d’être gros ? C’est mal d’être gros ? Enfin je ne sais pas ?... Non je ne crois pas ! Il y aussi le fait que les personnes grosses sont invisibilisées au quotidien. Le fait que les gens qui ne sont pas gros n’aient pas conscience du fait que ce soit discriminatoire, ce qu’ils disent, ce qu’ils font. Le fait que le mobilier ne soit pas pensé pour les personnes grosses. Mobilier, qui par exemple, chez un médecin, a des accoudoirs et tu ne rentres pas dedans. Ou au cinéma. Dans les aéroports, les avions, il y a des personnes qui doivent demander des allonges pour les personnes grosses. Les personnes qui payent deux places au lieu d’une ! Il faut aussi visibiliser les personnes grosses pour que tout le monde se dise : “oui, effectivement, c’est problématique ce qu’on fait” “c’est problématique ce qu’il se passe.” Quand une personne grosse passe son temps à regarder avant d’aller à un rendez-vous s’il y a un accès pour personnes à mobilité réduite car parfois les personnes en surpoids ou grosses ont du mal à se déplacer. Ce sont des choses toutes bêtes : ascenseur, accès PMR, accoudoirs sur les sièges ou pas… Tu passes énormément de temps avant un rendez-vous à checker tout ça ! C’est du temps perdu. Alors que tu pourrais juste indiquer sur un site internet “Il y a ça, ça ou ça”. Montrer les photos d’une salle d’attente. À jour. Il y a aussi le fait que quand tu es gros ou grosse, déjà tu n’as pas ta taille dans un magasin. C’est hyper compliqué de trouver au-dessus du 44. Et le fait d’invisibiliser comme ça les personnes grosses, parce que 46 en magasin, ce n'est vraiment pas gros, les tailles vont jusqu’au 62 en France. Elles sont où ces personnes ? Pas dans les magasins, parce qu’on les invisibilise totalement. Et ça, ça fait partie du fait que la grossophobie c’est systémique.”

Peut-on faire du sport quand on est gros ? Comment faire face à cette injonction ?

“J’ai vu quelques pubs où il y avait des personnes grosses qui faisaient du sport, et j’étais trop genre : “Mais oui, on est là !”. C’est vrai que pour toutes les marques de sport, tu te dis : “Mais en fait, on n’existe pas. On ne fait pas de sport apparemment quand on est gros ? Si si, on fait du sport !”. Moi ça fait une dizaine d’années que je fais des arts martiaux, donc oui, je fais du sport. Ça fait longtemps que j’en fais, en vrai j’en ai même fait toute ma vie. Je n’ai pas fait que des arts martiaux, mais je fais quand même des arts martiaux depuis une dizaine d’années. Je suis en mode : “euh les gars, c’est compliqué de rentrer dans vos uniformes. Ce n'est pas pensé pour les personnes grosses, parce que quand tu fais des arts martiaux normalement, tu es censé être musclé et fit. C’est encore un truc d’invisibilité que de se dire que les personnes grosses ne font pas de sport. Les personnes grosses ne sont pas des personnes paresseuses. Ça n’a rien à voir, le fait d’être gros ne veut pas dire ne rien faire de sa vie et manger mal. C’est un cliché en fait. Et le cliché de la personne grosse c’est la personne qui mange sur le canapé et qui ne bouge pas ses fesses. C’est totalement faux. Ce n’est pas ça être gros ou grosse. Les personnes peuvent avoir des problèmes d’hormones, il y a aussi des personnes qui ont des problèmes de maladie, c’est la morphologie, c’est plein de choses que d’être gros, c’est pas juste être paresseux !”

Quelle est la meilleure façon de lutter contre la grossophobie ?

“Le fait que la société soit grossophobe, fait que les gens se permettent des remarques sur notre physique, que ce soit la perte de poids ou la prise de poids. Et c’est ça qui fait qu'à un moment donné, on développe un comportement alimentaire qui n’est pas sain. On a tellement sacralisé le fait qu’être maigre, c’était bien, que ça développe des comportements alimentaires qui ne sont pas bons pour notre santé. Et oui, les proches jouent beaucoup là-dedans. Peut-être qu’on a des comportements envers nos proches qui ne sont pas bons donc de déconstruire un peu cette grossophobie, qu’on peut avoir en étant gros, c’est hyper important aussi, pour ne pas avoir soi-même des comportements grossophobes.”

As-tu des livres, des podcasts, des personnes à suivre que tu conseilles pour s’informer sur la grossophobie ?

"Pour ne pas répéter les comportements discriminants. Il faut laisser la parole aux gros et aux grosses. Il faut les laisser parler, il faut les laisser témoigner, il faut les laisser dire ce qu’ils ont à dire. Et ne pas parler à leur place. Il y a pas mal de pages qu’on peut suivre sur les réseaux sociaux au moins pour se déconstruire sur le sujet de la grossophobie. Sur le sujet de la “fat acceptance”. Les “fat activists” sont là et ils représentent le milieu donc c’est bien de les suivre et d’écouter ce qu’ils ont à dire. Il y a par exemple la page “corpscools” qui est géniale. Il y a la page très nécessaire “stopgrossophobie”. Il y a aussi une page que je suis depuis peu de temps, que j’ai découvert récemment qui s’appelle “toncorpsappelle”. Ce sont des témoignages de personnes qui ont des troubles du comportement alimentaire, des TCA. Je pense que c’est d’utilité publique, il faudrait que tout le monde connaisse cette page. Parce qu’on est beaucoup sur terre actuellement, à avoir des troubles du comportement alimentaire, surtout causé par nos proches, les remarques des proches. Les remarques des médecins ! Parfois par le fait qu’on ait suivi un régime. Enfin voilà, ce genre de choses inclut le fait qu’on va développer une relation malsaine avec la nourriture et donc développer des troubles du comportement alimentaire. Cette page, elle est juste nécessaire, donc si vous pouvez aller la suivre, c’est cool. Sinon, il y a aussi une activiste que j’adore, qui s’appelle Marine qui a une page qui s’appelle “metauxlourds” et pour le coup, elle parle vraiment de grossophobie, de sexualité. Les corps gros ont aussi une sexualité normale, il faut visibiliser ça. C’est hyper important ce qu’elle fait aussi.”

Pour revenir au sujet des règles, comment vis-tu ton cycle ?

"Alors, moi j’ai eu des règles douloureuses avant de prendre la pilule. Depuis que je prends la pilule, je n’ai plus de règles douloureuses mais par contre mes règles sont réglées comme une horloge. Donc je n’ai pas vraiment de problème avec mes règles. Elles sont là, elles existent, je deale avec… Ça fait dix ans que je suis sous pilule. En fait, j’avais des règles hyper douloureuses, l’Antadys, ça ne suffisait pas. J’avais des règles complètement chaotiques. Ça durait parfois deux semaines. Je ne pouvais pas continuer comme ça, parce que je n’arrivais pas à savoir quand j’allais avoir mes règles. Donc bref, c’était mieux de me mettre sous pilule. Quand j’ai pris la pilule, j’étais assez jeune, je ne voyais pas de gynécologue. C’est mon médecin traitant qui m’a mis sous pilule. Ce médecin traitant était très… Elle a eu des comportements grossophobes et a été maltraitante. Elle m’a mise sous pilule parce que c’était facile."

As-tu déjà pensé à arrêter la pilule ?

"Alors je me suis déjà posé la question, mais je ne l’ai jamais fait. Je me suis déjà demandé si je n'allais pas changer de contraceptif, si je n'allais pas passer au stérilet, ce genre de choses. Mais je n’ai jamais sauté le pas de me dire “j’arrête la pilule” parce que c’est aussi pratique pour moi en fait de me dire “tel jour, j’ai mes règles”."

Que penses-tu des culottes menstruelles Elia ?

"Je pense que tout le monde devrait passer aux culottes menstruelles, déjà, de base, parce que c’est tellement plus simple. En fait, les protections menstruelles “de base”, comme les serviettes hygiéniques, les tampons… Il y a des trucs dedans, on ne veut pas mettre ça dans notre corps ! On ne veut pas que notre corps le touche ! Ce n’est pas adapté à notre morpho, ça provoque des irritations, c’est juste horrible ! De passer à la culotte menstruelle, c’est juste trop bien ! C’est hyper pratique pour toutes les personnes qui ne sont pas à l’aise avec le fait d’être réglées, les personnes transgenres, les personnes non-binaires, les personnes pas à l’aise avec leurs règles… C’est tellement un compromis facile. Tu mets ta culotte et puis c’est tout ! Tu n’as pas à changer quoi que ce soit dans la journée. Donc voilà, c’est vraiment… trop bien !"

As-tu un conseil ou un mantra que tu souhaiterais partager ?

“If you can’t love yourself, how the hell are you gonna love somebody else?”

Si tu devais résumer ton portrait ou ton combat en un mot ?

"Je choisirai le mot “la bienveillance”."

Lire et écouter d'autres témoignages : Karine, Bénédicte, Céline

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