Pourquoi parler des règles ?

Pourquoi parler des règles ?

Manon a 32 ans et est en master 2 Interprétation en langue des signes françaises. Manon nous parle de règles, de SPM et de comment ça impact sa vie. Un échange riche et bienveillant, découvrez le portrait de Manon !

Pourquoi as-tu décidé de participer à un shooting Elia ?

"J’ai aimé l’idée que ce soit des personnes qui ne sont pas habituées à être photographiées. Qu’on puisse aussi présenter des corps différents, des corps dans toutes leurs diversités.”

Penses-tu qu'il y a un tabou autour des règles ?

“J’ai eu mes règles assez tôt, j’avais 11 ans. Je ne savais pas vraiment vers qui me tourner quand ça m’est arrivé, à part ma mère. Je trouve que c’est quelque chose dont on ne parle pas encore assez, qui reste relié à une personne dotée d’un utérus. Enfin, ce sont les réactions que j’ai eues en face de moi : “Non non, je n’ai pas besoin d’avoir tous les détails”. Je trouve ça dommage parce que c’est quelque chose qui est naturel. Si on en parlait plus on serait un peu plus préparés à certaines choses. Notamment pour les douleurs, les syndromes pré-menstruels, que j’ai découvert très tard. Dans ma famille, on n'a pas vraiment de tabous. On parle de beaucoup de choses. J’ai des bonnes relations avec mon père et ma mère, mais je pense que pour mon père, c’est quelque chose qui le met un peu mal à l’aise. Je n'ai jamais pu parler de ça avec mon père, et je trouve que c’est dommage. Ça fait partie de ma vie. Tous les mois. J’aurais aimé pouvoir en discuter avec lui, mais je n’ai jamais essayé parce que je sais qu’il aurait été très mal à l’aise avec le sujet. Et je pense que si j’avais dû lui demander d’aller m’acheter des protections périodiques, il aurait été complètement désoeuvré, il n'aurait pas su quoi choisir, il n'aurait pas pu m’aider.  Il faut en parler, même avec les tout petits, il faut leur expliquer, dès le plus jeune âge, aux garçons, aux filles, à tout le monde."

As-tu des recommandations pour s’informer sur les règles ?

“Adolescente, j’étais seule face à ce sujet, à part avec ma mère. On en parlait pas vraiment entre copines. C’est plus tard, quand j’ai commencé un peu à m’intéresser au sujet, que je suis tombée sur des reportages. Notamment celui qui s'appelle “28 jours” qui m’a intéressé. Puis sur un autre sur les compositions des protections périodiques qui m’avait un petit peu choqué et qui m’a fait réfléchir à tout ça. Le compte Instagram @spmtamere m’a aussi beaucoup aidé. Je me suis sentie un petit peu moins seule. Je le conseille à tout le monde.”

Peux-tu nous parler du SPM (syndrome prémenstruel) ?

“Très tôt, comme j’avais de fortes douleurs, j’ai été mise sous contraception (vers 15-16 ans) dans le but d'atténuer mes douleurs pendant mes cycles. On ne m’a pas du tout expliqué ce que ça pouvait créer au niveau hormonale etc… Quand j’ai arrêté ma contraception hormonale il y a quelques années, je me suis retrouvée avec un cycle naturel. J’ai commencé à souffrir de syndromes pré-menstruels. On ne m’en avait jamais parlé. J’ai bien senti que c’était assez cyclique ces périodes où je n'étais pas bien, ou j'angoissais plus fort. Elles revenaient donc j’ai commencé à m’y intéresser. J’ai appris que ça s’appelait le syndrome pré-menstruel. En faisant des petites recherches je suis tombée sur le compte Instagram @spmtamere et je me suis dit “ok en fait je ne suis pas toute seule”. Parce qu’en plus ça fluctue. Il y a des cycles où je vais être très agacée, des cycles où je vais être très angoissée. Quelques jours avant les règles. Et j’en pouvais plus d’entendre ce truc...Parce que quand on est un peu agacée, un peu trop hypersensible, on te dit “oh là là, mais qu’est ce que t’as, t’as tes règles ?” Ben oui, en fait ! Oui je vais les avoir et ça influe sur moi. C’est normal et en fait c’est pas grave. C’est comme un reproche alors qu'on ne le contrôle pas. On fait ce qu’on peut avec, et on est les premières à en souffrir.”

Comment vis-tu ton cycle ?

“Depuis que j’ai mes règles, j’ai toujours eu des cycles très réguliers, c’est une chance je pense. Je peux prévoir, je sais à peu près quand les SPM vont commencer, je sais quand je vais avoir mes règles. De ce côté-là, j’ai de la chance. En plus maintenant avec certaines applications de suivi de cycles menstruels c’est encore plus pratique. Je n'ai pas trop de difficultés avec mon cycle, je sais quand ça va arriver. Je le vis plutôt bien.”

As-tu des douleurs pendant tes règles ?

“Très tôt, au collège, à chaque fois que j’avais mes règles j’avais de très très fortes douleurs qui m’empêchaient d’être en cours. J’avais des évanouissements, donc j’ai fait des passages réguliers à l’infirmerie. J’avais l’impression parfois qu’on me disait : “Oh ça va,... T’en fais peut-être un peu trop”. Alors que c’était vraiment insoutenable. On m’a mise sous contraception. Ça m’a aidé. Par contre, on ne m’a pas prévenu de tout ce qui allait avec. Notamment la perte de libido etc… Ça, on ne me l’a pas expliqué. Je n'ai pas fait le lien tout de suite. Quand j’ai décidé de ne plus être sous contraception hormonale parce que je ne voulais plus de ça pour mon corps, j’ai récupéré toutes mes sensations naturelles. C’était bien de me réapproprier mon corps, mais j’ai dû de nouveau gérer les douleurs. C’est encore ma problématique actuelle, c’est que je ne sais pas quoi faire pour ces douleurs. C’est pareil, ça peut aller jusqu’à l’évanouissement. Ça dépend des cycles. C’est difficile de se dire “j’ai un cours très important, ça tombe pendant mes règles, est-ce que je vais être capable de le faire ?” “oui, non, je ne sais pas”. C’est un peu difficile à gérer de ce côté-là, oui."

Que penses-tu des culottes menstruelles Elia ?

“Ça a été la bonne nouvelle de ces dernières années. C’est l’apparition des culottes de règles. C’est la première marque que j’ai testée et j’en suis vraiment ravie. Ça va dans le même processus de réappropriation du corps. Parce que du coup, comme le sang s’écoule naturellement, j’ai l’impression que c’est plus naturel pour moi. Et en plus c’est quand même quelque chose qui est très confortable. Parce qu’il n’y a pas de choses accessoires à gérer en fait. Je n’ai pas à me dire “est-ce que j’ai assez de protections pour la journée ?”. J’enfile ma culotte le matin, comme une culotte classique. Je l’enlève le soir en rentrant. Et la nuit... La nuit c’est merveilleux ! Je n'ai plus peur de me tourner sur le côté. Non, c’est juste d’un confort et d’un pratique incroyable. J’aime bien la philosophie : tous les matériaux sont bio, il y a la lutte contre l’endométriose. Ce sont des choses qui me touchent. Du coup pour moi, elles sont parfaites ces culottes.”

As-tu un conseil ou un mantra que tu souhaiterais partager ?

“Je dirai de s’écouter. S’écouter et communiquer… Pour moi, c’est l’essentiel.”

Si tu devais résumer ton portrait ou ton combat en un mot ?

“Alors ça va paraître peut être un peu bizarre mais je pense que je choisirai “Bélier”. Mon signe astrologique. Ça résume assez bien ma personnalité.”

 


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